Julius Baer, partout les challenges…

Cette enseigne financière s’immisce dans la communication horlogère avec entêtement. D’abord en décernant, c’est désormais une tradition, une bourse à un jeune horloger primé dans le cadre du prix Gaïa (16 septembre 2010 à La Chaux-de-Fonds, au Musée International de l’Horlogerie). Ce presque trentenaire s’appelle Masaki Kanazawa, il est tokyoïte et sort du CIFOM-ET au Locle avec un brillant CFC d’horloger rhabilleur. Son projet? Résoudre pour le compte du Musée, un puzzle complexe composé de pièces disparates issues de vieux mouvements et destinées à composer un garde-temps à complication. Un genre de rubicub puissance cube. Cette bourse bancaire s’inscrit dans une longue tradition de la famille Baer, reprise par l’établissement: soutenir les jeunes artistes… helvétiques. Autre Challenge, une épopée vélique, ponctuée du grand prix Corum, baptisée le Challenge Julius Baer, dont le dernier acte se dispute le week-end du 17 au 19 septembre, dans les eaux territoriales qui vont jusqu’à Genthod de la Société Nautique de Genève.

Maurice Ditisheim, le prix Gaïa lui rend hommage.

Grand mécène, Maurice Ditisheim était Président du Conseil d’administration du Bureau de Contrôle des Ouvrages en Métaux précieux. C’est sous son impulsion et sa vision, dès 1966 et grâce aux relations privilégiées entre le Musée d’horlogerie et son bureau, que sera développé à La Chaux-de-Fonds, ce qui deviendra le premier -et le seul musée international d’horlogerie (MIH). On lui doit d’avoir tâté le terrain, en consultant le Professeur parisien Georges-Henri Rivière, Directeur du Conseil international des musées. On lui doit d’avoir trouvé la formule « L’homme et le temps » qui coiffera l’entité institut, dont son ami Pierre Imhof assurera la présidence de la commission (IHT). Il y eut 27 projets architecturaux, et c’est le second prix, du nom de « Gnomon » qui l’emporta: une construction nouvelle, due aux architectes P. Zoelly et G.-J. Haefeli (décédé récemment), capable d’abriter en toute sécurité l’une des collections de montres et d’horloges les plus prestigieuses du monde. Ainsi le Musée quitte en 1974 les locaux de l’Ecole d’Horlogerie pour s’installer sous le parc de la villa Sandoz du Musée d’Art et d’Histoire. C’est en 1992, pour lui rendre hommage, qu’est créé, sous le règne de Catherine Cardinal (directeur scientifique et conservateur), le prix Gaïa. Qui demeure à l’horlogerie ce que le Nobel est à la politique…

Le rotor facial, déjà inventé en 1995… Rectificatif

En mars 2008, bloghorloger.ch retrouvait trace du brevet N° CH 685363, délivré le 30 novembre 1995 et portant sur le premier garde-temps à remontage automatique équipé d’un rotor facial (à ne pas confondre avec le double-rotor de Perrelet). Mandaté par un boîtier connu dans l’industrie horlogère suisse et aujourd’hui décédé, l’étude technique ainsi que la réalisation d’un premier prototype fonctionnel avaient été confiées à l’horloger Jean-Claude Nicolet (premier prix Gaïa, réputé pour ses innovations horlogères). Puisque les héritiers du déposant n’auraient pas prolongé la validité de ce brevet qui, de toute manière après 20 ans tombait dans le domaine public, la voie était libre pour le dépôt d’une nouvelle patente. Est-ce une raison suffisante pour affirmer, comme le fait Frédéric Jouvenot, par ailleurs excellent horloger et courageux entrepreneur, que, « 40 ans après (1969-2009), le chronographe automatique est réinventé« ? Et de s’approprier en termes dithyrambiques la paternité du « premier chronographe intégré de l’histoire avec un système de remontage complet visible côté cadran« ? Ces mots s’appliquent au modèle ACE et à son calibre, le FH-ACE-001. Le passé regorge d’inventions qui, quand bien même pussent-elles être brevetées, mériteraient de temps à autre un petit coup de projo et… une petite dose d’humilité. On pourra toujours admettre qu’il ne pouvait pas le savoir, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et ce qui n’enlève rien à la bonne réputation de sa créativité: hommage au culte ancestral du soleil, son dernier modèle Hélios, présenté à BaselWorld 2010, en est la preuve… Lire aussi sur tendancehorlogerie.com.

Ludwig Oechslin, lauréat à portées multiples

En gratifiant le 14 novembre 2009 le Dr. Ludwig Oechslin de « Prix Spécial du Jury« , les jurés du Grand Prix d’Horlogerie de Genève, se rendent-ils compte à quel point leur choix est à portées multiples. Primo, ce savant est porteur du message d’une haute horlogerie pas seulement genevoise, notamment par les réalisations compliquées qu’il fit pour le compte de la marque Ulysse Nardin. Secundo, il est l’organisateur du prix Gaïa, un autre prix horloger, plus ancien, existant depuis 1993, considéré comme l’émanation la plus scientifique de la reconnaissance horlogère, décerné par l’Institut l’Homme et le Temps. Tertio, il représente l’histoire horlogère avec un grand H puisqu’il est le conservateur du seul musée international d’horlogerie au monde, celui de La Chaux-de-Fonds, le MIH. En l’élisant, le Jury 2009, consciemment ou non, s’est approprié un faisceau de valeurs qui serviront à son expansion.

Tourbillon le plus lent du monde!

Jean-Claude Nicolet, professeur à la retraite et horloger génial avait réalisé deux pièces uniques, façon chronomètre de marine, dotées d’un mécanisme original et particulièrement intéressant dans son dépouillement: le tourbillon le plus lent du monde. Il effectue un tour en 3heures, et donc 8 tours en 24 heures. Imaginons la beauté d’une telle pièce sur un bureau d’aficionado: changement perceptible de la configuration du cadran… Un passionné d’horlogerie lui en a racheté les plans le 14 décembre 2007, envisageant la production annuelle de quelques pièces exclusives, vendues au-delà des CHF 100′000.00. Ce passionné, lui-même descendant d’une famille d’horlogers, a obtenu la possibilité de mentionner le concepteur du mouvement sur les pièces. Dans la foulée, le maître horloger lui a également vendu une caissette de fournitures travaillées à la main, dont une vingtaine de barillets. Si l’opération voit le jour, il s’agira des premières pièces de haute horlogerie portant le nom de ce génial horloger, premier prix Gaia avant les François-Paul Journe, Georges Daniels, Philippe Dufour, Anthony Randall, etc.. Des sommités qui vouent à cette montagne de discrétion de la science chronométrique, un respect profond.