SAPHIR, historique épisode, bien plus qu’un matériau

A l’heure où le saphir a fêté ses quatre-vingts ans d’entrée en horlogerie, qui se souvient de ce holding regroupant les sociétés LeCoultre, Jaeger LeCoultre et Favre Leuba, dont les initiales signifiaient Société Anonyme de Participation Horlogères et Industrielles Réunies? C’était avant la vague des rachats, des OPA et des cessions familiales. Favre Leuba était encore en mains familiales, avant d’être plusieurs fois revendue au gré de pérégrinations économiques qui la firent appartenir à Martini (!) puis au groupe Bacardi, avant d’enfin atterrir dans l’escarcelle d’un groupe espagnol d’un comeback improbable. Dirigé par Henry-Auguste Favre, septième génération d’une mythique dynastie horlogère, ce holding avait permis de sauver les trois marques, alors secouées par la crise. Des informations qui permettent de comprendre pourquoi l’épouse de Henry-Auguste offrait une Atmos à la Reine mère d’Angleterre, selon une perle sépia trouvée dans les archives si riches de la famille Favre, dont Laurent Favre –dixième génération, est le dépositaire. D’ailleurs, il s’emploie à faire revivre ce nom de la plus belle des manières. Horlogère, s’entend. A relire, le post dynastique concernant cette illustre famille.

Chronomètres de marine, le Voyage de l’«Isis», 376 jours d’épreuve

Extrait d’une saga consacrée à Ferdinand Berthoud, grand chronométrier de marine, dans les années 1700. Episode paru dans le magazine Heure Suisse N°120. « Les amirautés ne voulaient pas acheter ces horloges coûteuses sans être sûres de leurs qualités. D’autant plus que la détermination des longitudes par le moyen des horloges était loin d’être acceptée par tous les marins dont beaucoup ne pensaient pas que les horloges puissent les renseigner mieux que l’estime de pilotes expérimentés. Aussi, lorsque le Roi fit l’acquisition des horloges N° 6 et N° 8, spécifia-t-il que ces horloges devaient être éprouvées en mer… Les horloges N° 6 et 8 furent embarquées sur la frégate l’«Isis» commandée par M. d’Evreux de Fleurieu, enseigne de vaisseau de Sa Majesté, et chargé de faire un voyage aux Antilles. L’itinéraire prescrit était: Rochefort, Cadix, Canaries, Cap Vert, Martinique, Saint-Domingue, Terre-Neuve, Canaries, Cadix, Rochefort. Selon les instructions du Roi, les observations devaient être faites séparément par 2 observateurs, en présence des officiers embarqués sur la frégate et constatées par des procès-verbaux signés de tous les officiers présents. (…) De temps en temps, on détermina la longitude au moyen de la Lune, de la distance de la Lune à une étoile fixe ou des satellites de Jupiter. Les horloges ne furent jamais déplacées durant le voyage; elles étaient fermées chacune sous 3 clés différentes: l’une en mains du Commandant de la frégate, la seconde chez M. Pingré, chanoine et astronome-géographe de la Marine, chargé de faire les observations avec M. de Fleurieu, et la troisième chez l’officier de quart. L’épreuve dura du 10 novembre 1768 au 21 novembre 1769, soit 376 jours. (…) » – Saga extraite des archives de JSH, Journal Suisse d’Horlogerie, par le professeur d’horlogerie Eric Cosandey. A découvrir en intégralité sur le site horlogerie-suisse.com

Archive de JSH: perle historique retrouvée par Eric Cosandey

L’article « Automation, ce que sera la futur magasin d’horlogerie«  date de 1956. Ecrit par un certain Pierre Audemars pour le plus ancien magazine horloger du monde, le Journal Suisse d’Horlogerie créé en 1876, il parle de la boutique de demain et des vendeurs de montre, qualifiés « d’individus pénibles et exaspérants« . A le lire, on pourrait presque penser que Steve Jobs, dans sa conception de l’iPad, aurait pu tomber dessus et s’en inspirer…   »Il est donc réconfortant de penser que bientôt ces êtres impossibles seront complètement éliminés par le processus impitoyable de l’automation. Dans un avenir peu éloigné, lorsque l’intégration et la contre-réaction auront acquis droit de cité, la vente d’une montre sera chose extrêmement simple et entièrement automatique. Toute objection, hésitation, perplexité, indécision, incertitude, tergiversation et discussion quant à la marque de montre suisse à choisir aura été balayée d’avance. Avant d’entrer au magasin le public aura été scientifiquement endoctriné et persuadé par la propagande intensive, (…) diffusée sans arrêt par haut-parleurs. Elle aura l’heureux résultat d’éviter le 90% des discussions qui, aujourd’hui, entravent et retardent la vente d’une montre. Le public sera dûment informé que le cadran qui se trouve sur telle montre, est le cadran assorti à cette montre (…), étant donné qu’il a été désigné scientifiquement pour ce modèle spécifique par des experts dont la connaissance des cadrans est évidemment beaucoup supérieure à toute préférence individuelle surannée. » A lire en version intégrale sur le site horlogerie-suisse.com et en version magazine dans le JSH de septembre 2012.

Gonneville-sur-Honfleur (F), un curé horloger

Fondée il y a plus de 20 ans par une troupe de passionnés de vieux mécanismes, cette association d’horlogers abritée dans un presbytère redonne vie aux pendules et horloges anciennes sous l’égide du père Zanier, curé de Gonneville-sur-Honfleur. Du savoir-faire au programme, pour occuper les mercredi après-midi d’une poignée de retraités qui en veulent, qui se doivent d’avoir une bonne vue et un sens de la précision: « Quand je suis arrivé à Gonneville-sur-Honfleur, j’étais déjà intéressé par les vieilles horloges comtoises ou les vieux mouvements de pendules. J’ai commencé à en chercher et à les réparer et avec quelques amis, on a pris l’habitude de se retrouver autour de ces vieilles machines fatiguées », raconte le père Daniel Zannier. « Désormais, tous les mercredis après-midi, on se retrouve à une dizaine pour réparer nos horloges personnelles car on n’en fait pas un métier... » Certaines pièces doivent être entièrement refaites, car trop abîmées par les années« . Ces horlogers se muent parfois en réparateurs d’horloges de clocher, comme celle de l’Eglise de d’Équemauville (basse Normandie, Calvados) appelée tout prochainement à retrouver sa place et sa précision d’antan, ou comme celle construite en 1875 par Henry Lepaute,  qui orne la bâtiment de la Mairie de Saint-Martin aux Chartrains (Pays d’Auge, Calvados)

Romain Jerome perd sa bataille contre Yvan Arpa. Pièce unique

La trentaine de procédures juridiques entamée par l’instance propriétaire de Romain Jerome contre Yvan Arpa ont toutes échoué. Licencié sur le champ le 6 juin 2009, avec quatre membres de son équipe rapprochée, celui qui en fut le CEO entre 2006 et 2009 sort entièrement blanchi au sortir de trois ans d’une bataille sans merci menée contre lui, par tribunaux interposés, vraisemblablement au nom de l’ego barbouillé d’un puissant. Le pot de fer s’est acharné, le pot de terre a résisté, il ne s’est pas laissé salir. Trois ans de procédures, ça doit valoir son pesant de paperasse! Non pas pour cocoricoter sur sa victoire, mais visiblement pour tourner définitivement une page au goût amer, Yvan Arpa a, au cours d’une cérémonie improvisée pour ses proches, brûlé théâtralement l’ensemble des dossiers de ces procès, après en avoir au préalable récupéré les agrafes métalliques -ça a pris tout de même plus d’une semaine. Avec son éternel sens du happening et pour sa marque Artya, il en a créé une pièce unique, la Rust & Dust is a Must (à découvrir en clair à BaselWorld). Une pièce dont la rouille du boîtier -il fut le premier à introduire dans le luxe cette ennemie publique de l’horlogerie- ne provient pas cette fois de la coque du Titanic, mais du métal récupéré des agrafes. Quant au cadran, il s’est vu saupoudré de poussières non pas de lune, mais de cendres encore brûlantes des jugements rendus. Un garde-temps sulfureux, libérateur. Qu’on le veuille ou non, qu’on s’en agace ou pas, l’histoire horlogère contemporaine, à la veille de célébrer le 100ème anniversaire du célèbre naufrage, continuera d’associer le nom d’Yvan Arpa à la collection Titanic DNA. Car ce créateur est à l’horlogerie défiante de déjante et d’insolite ce que Gérald Genta est à la Royal Oak. Or, viendrait-il à l’idée d’Audemars Piguet de renier feu le père de l’un de ses modèles phare?

Ferdinand Berthoud, l’éclairage d’un connaisseur.

En 1952 dans une édition du plus ancien magazine horloger du monde (juillet 1876), l’actuel JSH, Journal Suisse de l’Horlogerie, l’auteur L. Defossez écrit: « Il est indispensable, quand on parle des idées de Berthoud, de spécifier la date car, au cours de son existence, il a souvent changé d’opinion. (…) Ces changements étaient généralement commandés par ses expérience personnelles ou par celles de ses contemporains. Généralement, ses idées évoluaient dans le bon sens. Mais on est parfois décontenancé de constater chez Berthoud des idées paraissant aujourd’hui bien étranges. Il était un autodidacte et ne possédait pas à fond les théories qu’il exposait, ceci se voit déjà à son vocabulaire…  » Dossier complet sur horlogerie-suisse.com et à retrouver au fil d’une saga historique en plusieurs épisodes dans les pages JSH (Journal Suisse d’Horlogerie) des magazines Heure Suisse et Heure Schweiz (Promoédition, Genève).

Porrentruy, journée portes-ouvertes et inauguration de nouveaux locaux.

Coup double! 10 ans d’existence à fêter et de nouveaux locaux abritant des trésors horlogers. La Fondation Horlogère de Porrentruy invite la presse puis le public, le 20 mai 2011 prochain de 15h à 18h puis, pour visiter l’Espace Auguste Viatte, au 9, de la rue Pierre-Péquignet à Porrentruy. Evidemment, le verre de l’amitié (19h) et la présence des officiels du cru (dès 18h15) rondement dirigés par le Président de la Fondation, Jean-Jacques Borgeaud, dès 18h15, la partie officielle. Pour l’Histoire, Auguste Viatte (1901-1993) était un homme de lettre canadien franco-suisse, né à Porrentruy, résistant notoire depuis le Canada durant la dernière guerre. Un érudit, en somme, pétrie de culture créole et ardent défenseur de la francophonie.

Histoire, Baume & Mercier rachète C.H. Meylan Watch

Juste après la seconde guerre mondiale, Baume & Mercier est dirigée par Marc Beuchat qui, malgré leur différence de caractère, s’appuie sur André Juillerat de La Chaux-de-Fonds, sur  son réseau de contacts et sa position de membre du bureau directeur de la Fédération horlogère suisse. De ce tandem, sous la présidence de Constantin de Gorski, naît le modèle « La Marquise » qui signe une renaissance exceptionnelle de la marque. Un modèle muni d’un bracelet rigide, dont les ressorts brevetés permettent d’encercler le poignet. Grâce à ce succès, Baume & Mercier dispose de moyens pour renforcer son appareil de production. Notamment, puisque la demande de ses chronographes demeure très élevée, en prenant une participation dans l’entreprise crée au Brassus en 1888 par Charles Henri Meylan. En 1947, cette participation sera majoritaire et C.H. Meylan Watch, fabrique de mouvements compliqués, renommée pour ses calibres extra-plats, ultra-plats et archi-plats, permet à la marque de renouer avec le passé manufacturier de son fondateur William Baume.

En 1856 chez Patek, déjà le quart de seconde…

La montre de poche N° 10 051 de 1856 est certainement l’un des plus anciens chronographes Patek Philippe. Avec sa grande trotteuse complétée par sa petite seconde foudroyante, elle permet de capturer déjà des intervalles de temps de l’ordre du quart de seconde. Hélas, cette historique ne possède pas encore de mécanisme de remise à zéro et c’est donc au moyen d’une clef séparée, avant chaque opération de chronométrage, qu’il convient de la régler sur la position de départ. Au nombre des complications maîtrisée par la marque, les chronographes représentent parmi les trésors les plus convoités par les collectionneurs, pour avoir été, peu après la date de fondation de Patek Philippe, le champ de développements continus. Certains, hors de prix, ne peuvent être observés qu’au travers de vitrines muséales, quand ils n’ont pas rejoint les arcanes opaques de quelque collection privée. L’histoire est en marche puisqu’en 2005, la marque présente à BaselWorld, le chronographe à rattrapante extra-plat référence 5959, doté du premier calibre chronographe 100% maison, développement et production s’entendent, le CHF 27-525 PS: un mouvement à rattrapante et à roues à colonnes le plus plat du monde avec son épaisseur de 5,25 mm.

Armand Nicolet, horloger

Armand Nicolet, fils d’un horloger, entre en horlogerie, comme on entrait dans les ordres. Vocation et passion. A la fin du 19ème siècle, au sortir de son apprentissage, il ouvre son premier «Atelier d’Horlogerie» et, en 1902, s’illustre dans l’univers de la montre de poche soignée, titillant parfois celui des complications telles que les répétitions minutes, quarts, ou heures, les calendriers perpétuels… Encore prisé par les collectionneurs, au détour d’un catalogue de ventes aux enchères ou d’une transmission d’héritage, ce nom est également synonyme, durant les fifties, de la production depuis Tramelan de la presque totalité des calibres Venus. Rappelons que cette ville était à l’époque le troisième pôle horloger de Suisse, avec la concentration de 800 horlogers et 105 fabriques. Site officiel actuel.

Catorex, dans la poche ou en pendentif. New London

Catorex joue avec son ADN de spécialiste des montres de poches pour lancer à BaselWorld 2010 une «New London» particulièrement ciblée collectionneurs du monde. A partir de deux mouvements Unitas datant de 1960, entièrement reconditionnés, squelettés et disposés assymétriquement dans une boîte carrée aux angles arrondis, ce modèle pseudo vintage moderniste sort de la poche pour s’enrouler au poignet ou se suspendre en pendentif. Sept déclinaisons sont proposées, jouant de leurs spécifiques décorations et couleurs. Trop discrète enseigne horlogère issue depuis 1858 des terroirs de la paysannerie horlogère, Catorex est encore aux mains de sa famille fondatrice, quatrième génération. Guy A. Cattin perpétue les savoir-faire familiaux tout en animant sa deuxième société, la cent-cinquantenaire Cattin & Cie, destination courue du private label rigoureusement swiss made.

Espace VIP à Genève, chez Jaeger. Rappels historiques

Au 2 Rue du Rhône à Genève, dans la boutique encore recouverte des traces de travaux alentours -décidément Genève n’en finit pas de ses travaux qui n’en finissent jamais, Jaeger LeCoultre s’offre un espace VIP, en sous-sol, à l’abri des regards passants. Là où pourront s’expliquer, sous l’oeil expert d’un horloger maison, les complications les plus étonnantes de la marque. Des modèles qui s’engagent, selon Jérôme Lambert, à être présents au moins en un exemplaire chacun en ce réceptacle à grands clients un peu particulier. L’occasion d’un flash back sur les liens passés entre La Manufacture et Genève. On apprend qu’en 1559, Pierre LeCoultre, réfugié huguenot, premier de la lignée à se poser en Suisse, négocie son lopin de terre à la Vallée dans la cité de Calvin. Lopin sur lequel il bâtira 10 générations autour de son premier atelier d’horloger. Puis, quelques printemps dynastiques plus tard, c’est Antoine LeCoultre qui, amenant à Genève en 1853 les fabrications réalisées durant la période hivernale, décide de se poser au 2… rue du Mont-Blanc. Il y ouvre un atelier pour terminer les ébauches destinées au marché US. Souvenirs… Avant que les rachats ne sévissent et ne répartissent plus sévèrement les délimitations, Jaeger LeCoultre était vendue à quelques pas de là, dans la boutique Vacheron Constantin située en l’Ile. Eh oui, c’était le temps des amitiés corporatistes..

Musée de la Pince à Montécheroux. Le rôle de l’horlogerie.

Comment une petite commune du Doubs devient, en 1896, la capitale mondiale de la pince? Reliefs historiques. Parmi les raisons que livre l’Histoire, la religion joue un rôle. Car en 1562, les habitants prêtent serment de fidélité aux Wurtemberg, partisans de la religion protestante, se révoltant du joux seigneural du Comte Ulrich de Montbéliard. Un acte de défiance qui, en terres catholique, les rend quasi apatrides: « Ni Français, ni Francs-Comtois, ni Catholiques » relève Michel Bonnet, Président de l’association « Musons et Créons » en charge du Musée de la Pince. Une prise de position qui les isole et les force à se suffire à eux-mêmes. De cette autarcie, et parce que la commune compte nombre d’artisans travaillant le fer, naît un savoir-faire particulier. En 1776, Un jeune coutelier suisse de pensée protestante, Jonaz Brand, incite les artisans de Montécheroux à fabriquer des outils pour l’horlogerie suisse, très prospère à l’époque. Et ça marche. Un siècle plus tard, le village compte 300 ouvriers sur 1800 habitants. Petit à petit, le même savoir-faire s’ouvre à la fabrication d’outils pour d’autres branches. Parmi ces outils, des pinces par milliers: pinces à perforer les billets, pour le téléphone, pinces à gaz, pour tanneurs, dentistes, maroquiniers, vitriers, pinces à couper les bagues ou les hosties, pour moucher les chandelles. Une des raisons du succès de la pince de Montécheroux réside dans son originalité de fabrication: ses branches entrepassées, dite la pince « maillée » offre un mécanisme solide qui sera difficilement supplantable par le machinisme. Suffisamment d’ingrédients historiques, talent, technique et culture pour qu’un musée lui soit dédiée et qu’il figure sur un parcours régional français dédié à l’horlogerie. Un lieu qui souligne la noblesse d’artisans artistes au mains calleuses dotées d’un doigté de fée.

Les complications avaient des noms féminins

Créées pour répondre à une attente de l’être humain face au temps, les complications sont, selon Estelle Fallet, Conservatrice du Musée d’Horlogerie de Genève,  aussi le fruit d’une attente féminine: «Raisons pratiques et recherche de la perfection, quête du savoir, univers magique, tout me semble étroitement lié à l’horloger Abraham-Louis Breguet qui, sur commande de Marie-Antoinette, exécute une montre incorporant tous les perfectionnements connus à l’époque. Il est choisi comme fournisseur, car il maîtrise le plus grand nombre des complications, dont le mouvement à remontage automatique (…) Il incarne à la fois le prestige de l’horloger et de sa destinataire!» A noter que les garde-temps les plus compliqués de l’histoire portent des noms évocateurs…. féminins! L’Universelle (1970), La Royale (1873), La Merveilleuse (1878) et, plus près de nous en 2000, la Star Caliber de Patek Philippe. Estelle Fallet relève: «Les complications sont le faire-valoir de la maîtrise et de l’excellence, elles distinguent l’horlogerie de haut de gamme.» Et d’ajouter: «Du point de vue sociologique –concept récent, elles touchent aux motivations de consommateurs modernes: disposer ainsi d’un objet rare, complexe et mystérieux…»

Baume & Mercier, les effets du feuilleton historique

La lancée sur Twitter et Facebook de « Secrets d’une famille d’horlogers », le premier feuilleton horloger historique, a permis à la marque sise à Bellevue de faire le plein d’aficionados. Plusieurs milliers de fans sur la page du réseau social et surtout, une ondée d’informations sur les possesseurs de modèles, leurs goûts, leurs attentes. L’avalanche de questions a également permis à la marque de repenser son SAV. En effet, l’immédiateté de la formule a contraint la mise en place de nouveaux processus permettant de coller aux supports utilisés, c’est-à-dire d’être en mesure de fournir des réponses du tac au tac. Bel exemple d’une réelle stratégie d’implantation dans l’univers du Web 2.0. Le suivi du feuilleton est programmé, saupoudré d’interviews liées aux retrouvailles d’anciens modèles phares. Quant à l’imminence de nouveaux modèles, suite à une remise à plat des références et des lignes, elle est annoncée.

Arnold John, horloger anglais – Histoire

John Arnold (1736-1799) né en 1736 dans un village des Cornouailles, était fils d’un horloger auprès duquel il commença son apprentissage. Suite à une dispute de famille, il quitte la maison paternelle et s’embarque bien jeune pour le continent. Il voyage d’abord en Hollande, puis en Allemagne, où il gagne péniblement sa vie, parfois comme armurier lorsque le travail d’horloger faisait défaut. Puis il rentre en Angleterre, s’établit à Londres, peu à l’aise linguistiquement. Ses années passées à l’étranger l’ont mûrit.  Il se fait alors connaître par une petite montre à sonnerie insérée dans le chaton d’une bague. Admis à présenter cette pièce au roi en 1764, un tour de force, il obtient les faveurs de la cour et… de nombreux clients.  En 1770, il contacte le Board of Longitude et soumet à l’Observatoire de Greenwich son premier chronomètre de marine. Aujourd’hui, le nom « Arnold » revit sous la marque « Arnold & Son » et sous le slogan « Master of The Longitude in London Since 1764« . Elle a son siège à la Chaux-de-Fonds en Suisse, est rattachée à la société The British Masters dont le CEO est Eric Loth.

Master of The Longiture in London Since 1764.

Arnold et Earnshaw généralisent l’emploi du chronomètre de marine.

Histoire. John Arnold (1736-1799) et Thomas Earnshaw (1749-1829) sont les deux horlogers anglais qui, en développant sur une échelle importante au 18ème siècle la fabrication du chronomètre de marine, ont contribué à en généraliser l’emploi. Jusqu’alors, la plupart de ces instruments devaient sortir des mains mêmes des constructeurs. Donc leur production restait limitée. Jugez plutôt. Il fallut trois ans à John Harrison pour terminer successivement ses dernières montres marines No 4 et No 5. Même topo du côté de Kendall pour livrer au Board of Longitude la réplique de son No 4, puis 2 ans supplémentaires pour exécuter ensuite chacune de ses dupliques K2 et K3. Quant à Mudge, il mit 3 ans à terminer son premier chronomètre de marine puis deux fois tout autant pour chacune de ses constructions «la Bleue» et «la Verte». Si on replace ce rythme sur l’histoire d’une vie, Ferdinand Berthoud mit 40 ans pour produire 70 appareils, soit 2-3 unités par an. A la même époque Arnold et Earnshaw parvinrent à fabriquer plus de 100 chronomètres de marine affichant une précision satisfaisante. En d’autres termes, ils cassèrent les prix. Comment? Il divisèrent le travail et, à partir d’un modèle simple et facilement réalisable, se concentrèrent sur une mise en production rationnelle au moyen de la sous-traitance. Car, pour l’ébauche, la fourniture des rouages, des pierres, ressorts, cadrans, aiguilles et boîtiers, les artisans spécialisés de Clerkenwell ou du Lancashire, étaient au top. Puis ils formèrent du personnel pour l’échappement et le balancier, se réservant pour eux-mêmes les opérations finales de la pose du spiral et du réglage. Deux actions considérées comme de précieux « secrets de fabrication« . Une visite au National Maritime Museum de Greenwich s’impose.

L’été avec des lunettes… au Musée de Morez

L’historien franco-suisse Dave-William Grandjean a rejoint le Musée de la Lunette à Morez (à 13 mn de la frontière suisse après le village de « La Cure », juste après Saint-Cergues). Ce collaborateur  journaliste occasionnel de l’agence de presse horlogère TàG Press +41 et (pour le Magazine JSH – Journal Suisse d’Horlogerie et pour le site Worldtempus), après avoir été plus d’une année rattaché au Musée de Jaeger LeCoultre, vient d’être nommé « Chargé des Publics » par la Municipalité de ce qui fut -et demeure, le centre mondial de la lunette. Une région que le Ministère de la culture hexagonal n’hésite pas à promouvoir, avec un « Musée de France » financé par la Ville de Morez, accueillant chaque année 17’000 personnes. Un établissement à l’architecture avant-gardiste étonnante pour les lieux, qui a pour mission de conserver et de valoriser le patrimoine Morézien (Jura), dont l’horlogerie fait partie. A consulter le programme, difficile d’échapper aux lunettes cet été…

Elena Stefanova, femmes et complications…

Si le mot est féminin, il semble admis que les complications horlogères ont été faites par et pour des hommes… Erreur! A en croire la scientifique Elena Stefanova, historienne, artiste et responsable de production, actuellement en poste chez deWitt, les besoins féminins, assortis de leur sens pratique, ont servi voire initié la cause des complications. Facile à comprendre. Pour leurs riches clientes, les horlogers d’antan se devaient de parfaire la maîtrise de la miniaturisation. Ainsi, ont-ils créé et conçu des fonctionnalités qui ont terriblement fait avancer la science de la chronométrie, totalement affranchis du dictat des séries et des moules reproductifs. Non, l’amour immodéré de la gent féminine pour toute forme de bijoux, son détachement des choses terrestres telles que l’emprise du temps, ont généré bien des merveilles mécaniques, auréolées de secret et de mystère. Mieux que quiconque, Elena Stefanova, qui a posé sa griffe sur la ligne de bijoux d’Audemars Piguet, en connaît un bout. N’a-t-elle pas donné, en 2009, lors de la journée d’Etudes de la SSC -Société Suisse de Chronométrie, un magistral exposé sur le sujet? La première montre bracelet était celle d’une reine. « Une femme de pouvoir se doit d’avoir l’heure sous la main… » A lire dans l’article signé TàG Press +41 (agence de presse horlogère) dans le magazine féminin Beauté Information.

Aux Temps des Chronométriers, l’expo du Locle

C’est sous l’ère de Cécile Aguillaume, ex-conservatrice du Musée d’horlogerie du Locle -Le Château des Monts, que furent relancés, après presque 40 ans d’interruption, les célèbres concours de chronométrie qui passionnaient les marques et les horlogers jusqu’à l’arrivée de la montre à quartz, à l’orée des seventies. Dès 1772, ces concours se déroulaient à Genève. L’Observatoire de Neuchâtel se mit à attester de l’exactitude des garde-temps dès 1860 et un véritable premier concours fut institué en 1866. Il faudra attendre 1945, pour que ces joutes s’intéressent aux montres bracelets: des épreuves officielles sont instaurées à Neuchâtel. En 1999, pour célébrer son 5oème anniversaire, «Chronométrie 2009», un concours dont les règles ont été adaptées à la modernité des techniques et des matériaux de l’horlogerie mécanique moderne, est relancé. Le 3 décembre 2009, Claude-Henri Chabloz, Présisent du Prix, publie les résultats. La prochaine édition aura lieu en 2011. D’ici là, une exposition ouverte le 8 mai et courant jusqu’à fin septembre 2010 replace les montres candidates dans le contexte de l’Histoire.

Le rotor facial, déjà inventé en 1995… Rectificatif

En mars 2008, bloghorloger.ch retrouvait trace du brevet N° CH 685363, délivré le 30 novembre 1995 et portant sur le premier garde-temps à remontage automatique équipé d’un rotor facial (à ne pas confondre avec le double-rotor de Perrelet). Mandaté par un boîtier connu dans l’industrie horlogère suisse et aujourd’hui décédé, l’étude technique ainsi que la réalisation d’un premier prototype fonctionnel avaient été confiées à l’horloger Jean-Claude Nicolet (premier prix Gaïa, réputé pour ses innovations horlogères). Puisque les héritiers du déposant n’auraient pas prolongé la validité de ce brevet qui, de toute manière après 20 ans tombait dans le domaine public, la voie était libre pour le dépôt d’une nouvelle patente. Est-ce une raison suffisante pour affirmer, comme le fait Frédéric Jouvenot, par ailleurs excellent horloger et courageux entrepreneur, que, « 40 ans après (1969-2009), le chronographe automatique est réinventé« ? Et de s’approprier en termes dithyrambiques la paternité du « premier chronographe intégré de l’histoire avec un système de remontage complet visible côté cadran« ? Ces mots s’appliquent au modèle ACE et à son calibre, le FH-ACE-001. Le passé regorge d’inventions qui, quand bien même pussent-elles être brevetées, mériteraient de temps à autre un petit coup de projo et… une petite dose d’humilité. On pourra toujours admettre qu’il ne pouvait pas le savoir, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et ce qui n’enlève rien à la bonne réputation de sa créativité: hommage au culte ancestral du soleil, son dernier modèle Hélios, présenté à BaselWorld 2010, en est la preuve… Lire aussi sur tendancehorlogerie.com.

Montres mAr, nouvelle venue… DéJà millésimée.

Profitant du 1er mars férié dans le canton  de Neuchâtel, une nouvelle marque invite journalistes et insiders à célébrer son lancement et à prendre connaissance de ses modèles. Située en amuse bouche juste avant BaselWorld, cette présentation précède l’inexorable indigestion. Les Montres mAr se réclament d’une appartenance terroir déjà contenue dans son slogan « Horlogerie Millésimée« . D’où son lancement officiel au Château de Cressier dont le caveau n’est pas en reste côté crus. Quant au reste, trois axes, technique, joaillerie et dame, ainsi qu’une appartenance directe tant à l’histoire horlogère des Ruedin, intimement liées tant aux grandes pages de Reconvilier Watch Co ou de Fabrique d’Ebauches de Fontainemelon qu’à celles du monde vinicole via la vie notable de Maurice Albert Ruedin et de la marque mAr -ses initiales, liée au domaine, à la bonne chère et à la production de mousseux. Côté développements, la marque s’appuie sur l’entité deux pôles ASXP, Engineering (Ph. Ruedin) pour une famille de calibres maison et Créations (Xavier Michel) pour l’esthétique. Si le millésime 2008 dont le collection Bacchus -ici la ligne joaillerie, se distingue par sa sobriété heure minutes secondes à  remontage automatique (micro-rotor), la cuvée 2009 introduit les premières complications: petite seconde à 9h00, indicateur de réserve de marque, de quantième, chronographe roue à colonne et remontage automatique.

Mootoosamy Morghan, nouveau conservateur du Musée du Locle

Connaisseur des lieux et des intervenants, ce qui fut certainement un atout dans la sélection de sa candidature, Morghan Mootoosamy vient d’être nommé conservateur du Musée d’horlogerie du Locle, poste qu’il occupait déjà ad interim après le départ soudain de Cécile Aguillaume en mai 2009. Titulaire d’un Master en histoire de l’art (spécialisation muséologie) et en sociologie de l’image, de la culture et de la communication, ce Chaux-de-Fonier trentenaire  avait successivement occupé dans cette même institution le poste de collaborateur scientifique (août 2008 à janvier 2009) puis de responsable du 50ème anniversaire (février à juillet 2009).  De son côté, Cécile Aguillaume, remise d’ennuis de santé dont il se dirait qu’ils auraient pu précipiter son processus de renvoi en raison des inévitables absences y relatives, vient d’enregistrer CECOEL, sa société spécialisée en recherches historiques et en organisation de voyages à connotation horlogerie et luxe.

Nardin Ulysse, horloger loclois

Ulysse Nardin n’a que 23 ans lorsqu’il s’établit au Locle en 1846 pour y développer ses propres chronomètres et montres de poche compliquées. Toutefois, il disposait alors déjà d’un riche bagage d’expériences acquises auprès de Frédéric-William Dubois, spécialiste de chronomètres de marine et des montres astronomiques. D’ailleurs, avec Henry Grandjean et Louis JeanRichard (autres célèbres horlogers), il fonde la «Swiss Marine Chronometer Industry». Quand on pense que le Jura se situe à des centaines de kilomètres de la mer!

Bréguet, Jean-Marc – photographe horloger

La marque Henri Duvoisin, inspirée d’une histoire horlogère démarrée dans le Val de Ruz (Canton de Neuchâtel), est relancée par ce photographe spécialisé dans les prises de vue de pièces horlogères ainsi que par Jean-Dominique Cornuz, patron de l’entreprise Valrutech. Tout redémarre grâce à 60 mouvements de Fleurier SA, assemblés par Duvoisin & Cie, retrouvés dans les coulisses de l’histoire locale. On l’aura compris, cette marque neuve sera habitée par l’émanation de savoir-faire passés, redonnant au mot « série limitée » une substance particulièrement grisante pour le collectionneurs. Lire le post sur la marque Henri Duvoisin.

Herzberg, Nathaniel, « Le Musée Invisible » (livre)

Raconter dans un livre la plupart des affaires de vols de tableaux ou d’oeuvres d’art, voici une belle aventure dont la liste débouche sur ce Musée Invisible qui se ballade dans la nature (Editions Toucans, 208 pages). L’auteur est journaliste au journal « Le Monde » et s’est visiblement inspiré d’un autre bouquin, plus antérieur, celui de Simon Houpt nommé « Tableaux Volés » (Editions Bachès) . Qu’importe, il comporte un oubli de taille! Même s’il raconte les cambriolages commis en 2008 à la Fondation Bührle de Zurich ou ceux qui ont démuni la Fondation Neumann de Gingins en 2004, pas de trace du casse Route de Malagnou à Genève, là où étais sis le Musée de l’Horlogerie et de l’Emaillerie, un autre espace patrimonial devenu invisible depuis. Lire la news Musée rayé de la carte.

Marin, Jean-Yves, nouveau patron du MAH

Depuis le 1er octobre 2009, Jean-Yves Marin remplace Cäsar Menz à la tête du Musée d’Art et d’Histoire de Genève. Dans une interview d’Etienne Dumont parue dans la Tribune de Genève, il affirme qu’il faut « régler le problème du Musée d’Horlogerie« . Et d’informer que le bâtiment route de Malagnou sera abandonné -il serait mal adapté. L’annonce officielle sera faite prochainement et les collections, entièrement reconstituées par la ferveur tenace de la Conservatrice Estelle Fallet trouveront refuge rue Charles Galland, leur lieu originel. Mais au fait, le Musée existe-t-il encore? Ou est-il devenu « corpus de Collections » intégrées au MAH? Lire le post « Musée de l’horlogerie genevois, rayé de la carte« .

Henri Duvoisin, un trésor retrouvé

Val de Ruz, canton de Neuchâtel. Paul-Fritz Duvoisin (1854-1912) ouvre un atelier en 1904 au Genevey-Sur-Coffrane. Son fils, Henri-Paul (1882-1947) poursuit l’oeuvre paternelle jusqu’à son décès. L’entreprise Duvoisin & Cie fait du montage de mouvements et produit ses propres montres. Un an avant sa mort, Henri-Paul implique dans l’affaire ses deux fils, René et André toutefois, entre 1947 et 1975 -année de la triste crise, c’est sa veuve, Sophie-Elisabeth qui imprime à l’entreprise familiale sa griffe. Comme l’instauration d’un fonds social en faveur du personnel. Ses marchés sont l’Europe et l’Amérique latine. Dès 1975, André, de la troisième génération des Duvoisin, perpétue la tradition jusqu’en 1996. L’entreprise est reprise depuis par Jean-Marc Bréguet, photographe horloger à Neuchâtel et Jean-Dominique Cornuz, patron de l’entreprise Valrutech. Tout redémarre grâce à 60 mouvements de Fleurier SA, assemblés par Duvoisin & Cie, retrouvés dans les coulisses horlogères du cru. On l’aura compris, cette marque neuve, Henri Duvoisin, sera habitée par l’émanation de savoir-faire passés, redonnant au mot « série limitée » une substance particulièrement grisante pour le collectionneurs.

Favre-Leuba en vente?

Ça prend du temps, du côté des services juridiques entre vendeur et nouveau partenaire technique, appelé peut-être à devenir acheteur. Car, si vente de cette mythique enseigne horlogère propriété du Groupe Valentin espagnol il y a, elle ne se fera pas d’un coup. Step by step, une entrée toujours plus insistante dans le capital action, s’étalant sur plusieurs années. Montant et identité non dévoilés pour l’instant, l’annonce est prévue mi-novembre 2009. L’acquéreur pressenti, après plusieurs qui se présentèrent au portillon, serait un acteur nouveau dans le monde de l’horlogerie. Non pas un groupe, mais une famille. Signe que les choses bougent, il y a déjà plus d’un mois, c’est la magnifique demeure bâloise que la marque avait investie comme siège prestigieux, qui fut vendue. Une excellente affaire, à ce que l’on dit. Peu rassurant, le téléphone dudit siège ne répond plus, pas l’ombre d’une déviation. Ouf, le site internet continue de répandre la bonne image.

Wanted, «La Captive» de Cyma…

En prévision de reconstituer ses trésors patrimoniaux, la marque Cyma lance une opération « retrouvailles » de montres anciennes. Puisque environ 30 à 40 millions de montres et réveils ont été vendus depuis la création de la marque en 1862, puisque certains modèles continuent d’être régulièrement vus dans les ventes aux enchères ou sur les sites du déjà-porté, on imagine qu’elle pourrait avoir un certain succès dans cette recherche, d’autant qu’elle offre en contre partie et si le modèle retrouvé correspond à une étape cruciale de son histoire, une montre de la collection actuelle. Toutefois, le modèle le plus recherché demeure « La Captive », cette montre sur laquelle Colette s’était fendue d’un poème hommage. Qui trouvera cette pièce rare ?